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Basse ville : conjuguer l'urgence et l'opportunité

visuels d'illustration de l'interview de Jean-Pierre Gorges, maire de ChartresCadre de vie

13 mars 2025

Pour le maire Jean-Pierre Gorges, il y a évidemment urgence à remédier à la dégradation et aux éboulements des jardins de l'Évêché. Il veut en profiter aussi pour redynamiser la basse ville, en manque d'espaces de stationnement, et rendre sa beauté à la place Saint-Pierre. Conjuguer l'urgence et l'opportunité d'améliorer la vie des habitants. Explications.


Votre Ville: Pourquoi la basse ville maintenant ?

Jean-Pierre Gorges : Cela fait longtemps que nous y réfléchissons. Comme vous le savez, l'une des premières choses que nous avons faites en arrivant aux affaires municipales en 2001, c'est de lancer des marchés d'étude et de définition sur tous les quartiers de la ville sans exception. Ainsi, nous pouvons agir partout en connaissance de cause et nous menons notre action en fonction des priorités, des demandes des habitants, des contraintes budgétaires, mais toujours en respectant notre plan d'action global. Cette stratégie nous permet aussi de réagir intelligemment en cas d'urgence, en évitant de poser des pansements toujours coûteux que nous serions obligés de réparer ensuite parce qu'ils seraient sans cohérence avec cette même stratégie. La basse ville, considérée dans son ensemble, fait partie des joyaux du patrimoine chartrain. Et du secteur sauvegardé que nous avons d'ailleurs élargi à tout l'espace compris à l'intérieur de l'anneau des boulevards, autour de la ville historique, et qui correspond peu ou prou aux anciennes fortifications. La ville haute et la basse ville font partie du même ensemble historique de part et d'autre de la cathédrale. Il faut recoudre ce lien.

La ville haute et la basse ville font partie du même ensemble historique. Il faut recoudre ce lien.

VV : C'est pourtant la ville haute et commerçante qui a connu les aménagements les plus importants ?

JPG : C'est exact, mais vous ne pouvez changer les choses et les habitudes en profondeur qu'après avoir proposé des solutions alternatives aux habitants. Sans grands parkings, pas d'extension possible de la zone piétonne, pas de restriction de la circulation près de la cathédrale en pleine restauration, pas de grands équipements culturels et sportifs le long des « boulevards de la Culture ». La géographie de la basse ville se prête peu à ces grands travaux comme à l'installation d'équipements publics majeurs. Si le commerce chartrain de la ville haute va plutôt bien au regard d'un contexte national très difficile, c'est parce que sa fréquentation locale et touristique est favorisée par ces aménagements. Si nous avons engagé la restauration des immeubles anciens là-haut, dans le but de faire revenir des familles et de repeupler le centre-ville, c'est parce que des possibilités de stationnement avaient été mises en place en bordure de cette partie du centre-ville.

Nous avons agi sur le patrimoine public de la basse ville, créé des sens uniques pour limiter la circulation.

VV : La basse ville ne s'y prêtait pas ?

JPG : La basse ville a beaucoup changé depuis les années 1970. Et nous avons agi. Sa beauté a séduit nombre d'investisseurs et attiré des habitants-acheteurs. Ces résidents ont emménagé dans des maisons certes réhabilitées mais aussi souvent divisées en plusieurs appartements. Cela a créé des besoins en stationnement aujourd'hui encore insatisfaits, du fait même de la configuration urbaine du quartier, avec ses deux bras de l'Eure, ses ponts, ses rues étroites, etc. Nous avons agi sur le patrimoine public, de la remise en état de la collégiale Saint-André aux travaux dans l'église Saint-Pierre, en passant par les écoles, les autres églises, l'entretien des rues, la création de la place Jacqueline-de-Romilly, etc. Ses ponts et ses lavoirs font partie des atouts majeurs de Chartres en lumières. Ses chapelles et ses églises accueillent les plus belles étapes du Chemin des Arts. Dans le cadre du programme de la « ville apaisée », nous avons créé des voies à sens unique pour ralentir et limiter la circulation. Mais elle manque de stationnement, cela gêne les habitants actuels et freine les nouveaux qui voudraient s'y installer.

VV : La basse ville s'intègre donc dans votre stratégie globale ?

JPG : Absolument, la preuve en est qu'elle fait partie du même secteur sauvegardé et de l'opération Cœur de Ville lancée par l'État pour redynamiser les centres de plus de 223 villes en France. Nous y avons adhéré moins dans la perspective d'obtenir des financements supplémentaires que pour bénéficier de procédures administratives simplifiées. Un atout majeur quand on voit aujourd'hui la difficulté de mener à bien des projets conséquents à cause des normes et des recours en tous genres. À défaut de pouvoir bénéficier de la loi spéciale qui a permis la restauration rapide de la cathédrale Notre-Dame de Paris… Une démarche nécessaire pour stopper la dérive des activités commerciales urbaines vers les périphéries.

VV : Alors pourquoi maintenant ?

JPG : Parce qu'une urgence le commande et qu'y répondre crée dans le même temps une véritable opportunité. Pour résumer, à quelque chose malheur est bon ! Et nous pouvons le faire parce que nous y avons réfléchi depuis longtemps.

VV : Commençons par l'urgence…

JPG : Il y a quelques années seulement, c'était en 2017, la Ville a réussi à devenir propriétaire de l'ancien palais épiscopal qui abrite aujourd'hui notre musée des Beaux-Arts. Ce bâtiment et ses jardins appartenaient depuis le début du XXe siècle au Conseil général d'Eure-et-Loir. Nous y conduisons un projet de restauration et d'aménagement qui permettra la mise en valeur de ses collections. Avec le palais, nous sommes également devenus propriétaires des jardins de l'Évêché, avec sa vue magnifique, sur la basse ville justement. Ces jardins sont constitués de remblais en terrasses accumulés pendant des siècles. Leur sous-sol s'est fragilisé progressivement et nous constatons depuis deux ou trois ans leur dégradation qui s'est traduite par l'apparition de « fontis », des effondrements, des éboulements encore aggravés par les pluies abondantes des derniers temps. Nous avons fait expertiser précisément cette situation. Nous ne pouvons la laisser s'aggraver encore. Voilà pour l'urgence.

Nous voulons profiter de la nécessité des travaux de consolidation des jardins de l'Évêché pour régler la question du stationnement en basse ville.

VV : Et l'opportunité ?

JPG : D'importants travaux nécessaires vont nous donner l'occasion d'améliorer radicalement la vie des habitants de la basse ville. Quel est le problème ? Ce mieux-être passe par la quasi-suppression d'un trafic de transit encore trop important au regard de l'étroitesse des rues qui font aussi le charme de cet endroit très ancien. Ses habitants l'ont choisi justement pour son caractère. Mais cette volonté de conserver intact leur cadre de vie se heurte à un deuxième obstacle : la quasi-absence de stationnement suffisant pour la population qui l'habite, et a fortiori pour ceux qui voudraient y investir et y habiter. Nous voulons donc profiter de la nécessité des travaux de consolidation des jardins de l'Évêché pour régler la question et nous allons le faire conformément à notre stratégie valable pour l'ensemble de la Ville de Chartres : nous ne sommes pas hostiles à la voiture, ni par principe et encore moins par idéologie. Mais quand la voiture arrive en ville, nous lui demandons d'abord de ralentir puis de se cacher en sous-sol si elle veut rester à l'arrêt. Aujourd'hui en basse ville, c'est impossible.

Réaménager les rues anciennes sur le modèle de la ville haute.

Nous projetons donc de construire un parking privé en bas de la pente des jardins de l'Évêché. Les études nous disent qu'il peut offrir 400 à 500 places destinées aux véhicules des résidents du quartier, et dans le même temps participer à la consolidation des jardins de l'Évêché en leur offrant un soubassement en dur au-dessus duquel ces jardins seront réaménagés. Un parking privé, invisible et proche, utile aux habitants, et qui libérera les rues de tout stationnement anarchique. On ne peut supprimer celui-ci sans leur offrir une solution de remplacement. CQFD. Et des jardins consolidés et restaurés qui recoudront par une liaison douce et verte les deux parties de la ville historique séparées aujourd'hui dans les faits. Nous pourrons aussi réaménager les rues anciennes sur le modèle que vous trouvez dans la ville haute, et donc sans ces trottoirs qui sont, somme toute, une création récente (autour de 1840 N.D.L.R.). Et limiter enfin l'accès des véhicules au quartier, avec priorité aux résidents.

Ce bel espace, autour de l'église Saint-Pierre mérite mieux que son aspect d'aujourd'hui, colonisé par le stationnement de surface.

VV : Vous proposez également une solution du même ordre aux habitants voisins de l'église Saint-Pierre ?

JPG : C'est l'entreprise la plus facile, et ce devrait être le premier chantier. Si la cathédrale n'avait pas été construite, l'église Saint-Pierre serait aujourd'hui la cathédrale de Chartres. C'est en tout cas l'avis de beaucoup d'historiens de l'Art. Mais nous pensons aussi à la place qui l'environne. Ce bel espace mérite mieux que son aspect d'aujourd'hui, colonisé par le stationnement de surface. Si pourtant vous regardez en face, vers le bord de l'Eure, votre regard bute sur une maison plutôt récente, sans intérêt architectural. Elle accueille aujourd'hui des personnels des Armées, chargés de l'information et du recrutement des futurs militaires.

Répondre à l'urgence nous donne l'occasion de remédier à une problématique plus large pour améliorer la vie quotidienne du quartier.

En lieu et place de cette maison et de son espace autour, un autre parking privé pourra y accueillir 250 à 300 voitures. La Ville est propriétaire de cette maison et de son terrain. Les Armées disposent d'un droit d'usage. À nous de négocier avec elles une solution alternative ailleurs qui leur conviendrait. Puis, nous pourrons réaménager du même coup la place Saint-Pierre en un écrin digne de sa magnifique église. Ce que nous ne pouvons pas faire aujourd'hui en l'absence d'une autre solution de stationnement pour les habitants. Répondre à l'urgence nous donne l'occasion de remédier à une problématique plus large pour améliorer la vie quotidienne du quartier. C'est d'ailleurs notre mission première.

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